Il y en a pour tous les goûts, du gendre idéal au trouble maker. Mais au moment de savoir si un physique agréable est utile pour vendre des montres, même les plus téméraires des CEOs se sont défilés devant la question. Ne reste que notre bon plaisir, celui de découvrir qui fait quoi.

Vincent, Richard, Max et les autres… Sur leurs stands et dans leurs équipes, certains aiment associer leurs montres à de jolies poupées, histoire de décupler le rêve. Pourtant, ceux contactés sur leur physique avantageux nous ont fait savoir avec des pudeurs de vierge effarouchée qu’ils ne souhaitaient en aucun cas s’exprimer sur le sujet. Grands dieux, l’horlogerie c’est du sérieux ! Impossible de savoir si une belle gueule aide pour vanter les mérites de sa Maison à Hong Kong ou ailleurs. Qu’importe l’omerta et cette démonstration de solidarité virile, pour le plaisir des yeux, pour mettre un visage (et une plastique) derrière la mécanique, voici dans le désordre…

« Le Max de concepts »

Maximilian Büsser – MB&F

Dernière collab en date: l’Octopod – MB&F x L’Epée 1839

Né à Milan, ce fils de diplomate dont les parents se sont rencontrés à Bombay est diplômé de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne. Déjà le parcours est un brin éloigné de l’horloger qui grandit à la Chaux-de-Fonds (mais est tout aussi méritant). Max a le goût des autres et chaque projet n’est jamais si bien enclenché que lorsque plusieurs fées et magiciens se penchent sur son berceau. D’où l’idée de MB&F (Maximilian Büsser and Friends), un collectif sans cesse renouvelé à l’origine de créations horlogères (montres, pendules, objets peu ou prou identifiés) qui renouent avec un certain esprit 18ème siècle quand en horlo tout, vraiment tout était possible. A voir aussi à la M.A.D. Gallery dont il a eu l’idée (à Genève, Taipei ou Dubaï) des œuvres d’artistes contemporains sur le temps qui dure plus qu’il ne passe.

« Le it boy »

Vincent Perriard – HYT

Skull Vida – HYT

L’homme au look et à la personnalité ultra affirmés (c’est un bonheur de le voir monter tout en muscles et en Converses sur la scène du Grand Prix de l’Horlogerie de Genève – le grand raout solennel de la profession – pour rafler joyeusement la mise) est co-fondateur et fut aussi CEO de HYT. Traduction: Hydro Mechanical Horologists. Quand la Haute Horlogerie rencontre la mécanique des fluides, c’est un rêve fou qui devient réalité. Réinventer de façon ultra avant-gardiste (et fiable, et précise), les clepsydres dont les plus anciens remontent au temps des pharaons, Vincent Perriard y a cru et avec la team HYT ils l’ont fait.

« L’indépendantiste »

Edouard Meylan – H. Moser

Perpetual Endeavour – H. Moser

Les règles du jeu (de l’industrie), Edouard Meylan n’hésite pas à les dénoncer dans des actions en forme de manifesto. Dernièrement, il a eu eu dans le viseur la nouvelle législation, largement insuffisante à ses yeux, qui régit le Swiss Made Horloger. Avec les modèles H. Moser dont les composants sont à 95% réalisés en Suisse, il laisse (assez) loin derrière ceux qui montent en épingle leurs montres de fabrication helvétique. Le logo Swiss Made possède-t-il encore quelque crédit ? Edouard aux mains d’argent taille lui dans le vif: exit la mention officielle ! Ses montres en font l’impasse et c’est dans le plus simple appareil qu’elles arborent une suissitude qui leur sied à merveille.

« Le sexy puissance 1000 »

Richard Mille – Richard Mille

Richard Mille 07-02 Automatic Pink Sapphire

Il ne vient pas du sérail. Oui, mais. L’homme a réussi en quelques années seulement à imposer un style, un ADN de marque et des tarifs faramineux (prix moyen d’une pièce 150 000 €, avec des pointes de vitesse à 500 000 €). Passionné de sport automobile, grand ami de Jean Todt, il crée des montres d’une rare sophistication tant  sur le plan esthétique que technologique. Coup de bluff qui a su séduire la clientèle russe des années 2000 ? Que nenni. Porter une RM (même quelques minutes) est une expérience toujours aussi intense. La marque est pérenne et Richard Mille (l’homme) vieillit de mieux en mieux.

« L’insubmersible »

Yvan Arpa – ArtyA

Arachnophobia 1 – ArtyA

Touché, mais jamais coulé… Cet ancien prof de maths et d’arts martiaux est l’homme du « no limit ». Qui d’autre que lui aurait pu imaginer une montre avec à l’intérieur des morceaux de coque du Titanic ? Avec Yvan Arpa, le déjanté devient succès… Ce qui ne l’a pas empêché de se faire salement débarquer. ArtyA, sa nouvelle Maison, fait la démonstration (en forme de bras d’honneur) que l’homme ne manque ni de souffle, ni d’inspiration. Entre pièces testostéronées et créations tendres avec la femme de sa vie, l’artiste Dominique Arpa-Cirpka, Yvan Arpa le renégat trace la voie d’une horlogerie libre.

« Le Newton de l’horlo »

Patrick Pruniaux – Ulysse Nardin

Lady Diver – Ulysse Nardin

Patrick Pruniaux nous arrive de chez Apple, où il a participé au lancement de l’Apple Watch, pour rejoindre le pôle horloger de Kering. Ulysse Nardin, dont il a été nommé CEO depuis août dernier, est un peu la belle endormie du groupe de luxe français, comme si la marque avait croqué dans une méchante pomme et qu’elle ne puisse exprimer par plus de ventes des atouts pourtant majeurs: une histoire, un patrimoine édifiant, un goût avéré de l’innovation. On attend de Patrick Pruniaux cette intuition de génie, ce « bon sang mais bien sûr » qui permettrait à Ulysse Nardin de revenir dans l’orbite des marques qui comptent pour de bon.