On dirait le titre d'un roman noir, un page turner qui taclerait le parcours d'un personnage sombre et fascinant. Grégory Pons, journaliste et stratège horloger, est mon énigme de l'été.

La raison d’être de ce blog est de vous faire découvrir l’horlogerie dans sa richesse et sa complexité. Mes coups de coeur montres jouent à part égale avec les portraits des acteurs de l’industrie: horlogers et horlogères de talent, CEO’s, designers, détaillants, conférenciers, historiens et dei ex machina de la branche, mais aussi journalistes spécialisés. Pour ouvrir le bal, j’ai choisi Grégory Pons dont la médiafacture d’informations horlogères est la douche froide qui permet de réveiller les esprits pour bien (ou alors très mal) débuter la journée.

S’il s’en défend, l’homme n’inspire pas toujours l’aménité. Il a le sourire rare, l’analyse aiguisée, la salve lapidaire et parfois sans sommation. Le titre de l’une de ses rubriques – « Le sniper du (jour de la semaine) » – donne le ton. C’est autour d’un thé à la menthe, son idée, que nous nous sommes retrouvés. J’avais préalablement révisé mon histoire de l’horlogerie et hésité à accessoiriser ma robe à fleurs avec un gilet en Kevlar. Au final, j’en suis sortie indemne, et reconnaissante du temps que ce lanceur d’alerte a bien voulu m’accorder.

578251fd4796e502721010S’il n’est pas le seul à anticiper et dénoncer les méfaits d’une industrie qui a longtemps pratiqué l’auto satisfaction, il le fait avec une énergie qui confine parfois au désespoir. Depuis longtemps, Grégory Pons croit à l’avènement des montres connectées et aux projets associant cette mouvance avec une horlogerie traditionnelle, quand la majorité les considère alors comme irréconciliables. Dès 2013, voyant apparaître de nouvelles mesures sur le site du parti communiste du pays, le journaliste met en garde les poids lourds du secteur contre la baisse du tourisme chinois. Le bullwhip effect (grosso modo, le ralentissement de la demande entraînant rupture de production et surstocks), c’est lui aussi. Et ça le met très en colère, parce que le CEO qui aura mal négocié le virage sera (grassement) remercié, mais du fait de sa vie son oeuvre, ce sont également un territoire et des familles qui seront sinistrés. De quoi sera fait demain? Pour Grégory Pons, l’avenir des marques mainstream est sérieusement remis en question, tandis que les grandes maisons vont tirer leur épingle du jeu à grand renfort de collections capsules.

En compagnie de la chroniqueuse Florence Jacquinot

En compagnie de la chroniqueuse Florence Jacquinot

Questionné sur l’offre féminine, celui qui intégra les Paras avant d’entrer à la Sorbonne, puis de collaborer au magazine de BD Métal Hurlant (c’est assez rare pour qu’on le précise), a l’élégance de rappeler que ce sont les femmes qui, historiquement, ont appris aux hommes à porter la montre au poignet. Et qu’aujourd’hui, les femmes constituent les deux tiers du marché. Las, l’image d’une marque se construit à 90% sur des montres hommes. L’horlogerie est et demeure fondée sur un mythe culturel masculin. Gregory Pons rêve, lui, d’une collection pour femmes qui serait le fruit d’un triumvirat 100% féminin, composé d’une designer, d’une horlogère et d’une détaillante à la vision affûtée comme celle d’une Kim-Eva Wempe.

Au fait, quel est selon lui le secret d’une montre réussie ? A cet égard, il nous cite quelques montres pour lesquelles sa prescience lui a fait défaut et qui ont remarquablement bien marché. Plutôt que d’évoquer la complexité, il évoque une équation polyphonique, inapplicable à d’autres et parfois même très ponctuelle car une montre peut être réussie sans être intemporelle. Nous en sommes à notre deuxième théière de thé à la menthe. L’évocation de la musique adoucit les moeurs. Grégory Pons se révèle collectionneur, de musique et de chansons qui parlent du temps et des heures. C’est sur cette note que s’achève cet entretien avec mon personnage mystérieux de l’été. (Happy) end!