A J moins 5 de la cérémonie et du palmarès tant attendu, forcément on se demande ce qui s'est passé dans la tête des jurés. Ne cherchez plus, c'est sur Laur'loge. Suite de notre feuilleton GPHG (épisode 4), la parole est à l'expert...

Laurloge : Gianfranco Ritschel, qui êtes-vous en quelques mots ?

Gianfranco Ritschel : J’aurais souhaité que vous me demandiez d’emblée comment fonctionne une Répétition Minutes’ Cela aurait été plus simple! Je suis un curieux, un passionné d’horlogerie qui a posé ses brucelles (note de la traductrice : petites pinces) et ses tournevis après des années de pratique pour se vouer à la vente, au marketing et à la formation en horlogerie. J’ai été qualifié de « quizz complet dans l’horlogerie ayant plus d’un quart de siècle de connaissances théoriques et empiriques en tant que consultant et formateur ». C’est flatteur je l’avoue, mais dans le bain depuis l’âge de 14 ans, j’approche en vérité du demi-siècle dans ce métier’

L : Vous êtes juré pour la seconde année consécutive. Qu’est-ce que cela change par rapport à votre toute première fois ?

GF : Je n’en en ai aucune idée! Je vous le dirai après l’évènement. Pour le moment, je ressens la même envie de découvrir de plus près les montres sélectionnées. Mais comme avant chaque échéance de ce type, on est toujours anxieux de savoir si l’on saura bien comprendre et interpréter les montres présentées.

L : Vous votez dans toutes les catégories, mais quelle est celle qui vous tient le plus à coeur et pourquoi ?

GF : Ce n’est pas une catégorie particulière qui me séduit, c’est la démarche à appliquer pour les diverses catégories qui me fascine. Je m’explique. On ne peut pas bien évaluer une montre si l’on ne réfléchit pas à l’adéquation entre la montre et sa catégorie. Au-delà de cet aspect, je me mets toujours dans la peau du client potentiel. Ce faisant, chaque catégorie m’oblige à un changement de point de vue et de jugement. J’ai parfois l’impression d’être un peu comme un acteur de cinéma qui doit interpréter différents rôles, tout en apportant sa patte personnelle. Mais le vrai héros reste la montre à juger.

L : Tourbillon et encore du tourbillon’ que vous inspire la sélection 2016 des montres haute mécanique pour dames ?

GF : Je vous l’accorde, mais le tourbillon a le mérite d’être l’une des complications les plus visibles et les plus fascinantes en horlogerie. Sa mise en scène, souvent sur le devant de la montre, sa rotation inlassable rythmée par les battements du balancier, nous rappelle à tout moment que la belle mécanique peut aussi avoir une âme. Regardez bien les montres candidates, certaines proposent des approches différentes, des interprétations plus artistiques de la lecture du temps. Qui sait, il y aura peut-être des surprises !

L : Comment réagissez-vous à l’envolée des prix (le journaliste Grégory Pons a relevé récemment que leur prix moyen est de CHF 129 000) ?

GF : Cela peut sembler une hérésie, sans relation avec le marché d’aujourd’hui. Mais en réalité cela reflète une tendance de l’horlogerie allant de plus en plus vers la Haute Horlogerie. Le contraire est tout aussi vrai. Des maisons ont réagi dernièrement en offrant des produits plus accessibles. Mais où sont ces candidats ? Qu’ils s’inscrivent au Grand Prix!

L : Comment se passent les délibérations entre jurés’ Tendues ? Sérieux de rigueur ? Ambiance bon enfant ? Franche rigolade ? Soyez chic, dites nous tout !

GF : Ha Ha’ Vous ne voulez vraiment pas que je sois encore là l’année prochaine’ ??!! Nous avons promis et juré ne rien laisser filtrer, mais entre nous, je peux vous dire que le professionnalisme de la procédure de sélection le jour J ne nous laisse pas trop de temps ni même de place pour des péripéties personnelles. Néanmoins, je me souviens du moment où l’on a sollicité l’avis expert de Eric Singer (batteur du groupe KISS) pour évaluer les montres à sonnerie. Un moment de bonheur!

L : Quels sont vos critères personnels pour élire la plus belle montre femme du GPHG et quelle part laissez-vous à l’émotion dans ce choix ?

GF : L’émotion est toujours le catalyseur de mes réflexions, et ceci dans toutes les catégories. Sans celle-ci, la mécanique ou l’esthétique n’auraient que peu de valeur. Je m’imagine la cliente type, le « outfit » idéal, les moments pendant lesquels la montre sera portée. Il s’agit d’une démarche empreinte d’empathie. J’ai déjà remarqué un certain scepticisme de la part de femmes quant à la faculté de jugement des hommes sur les catégories Dames. A ce titre, j’aimerais simplement mentionner des noms comme ceux de Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaultier ou Alexander McQueen. Ils attestent que des hommes peuvent tout autant exceller dans l’appréciation, le style ou la classe.

L : Nacre, motifs floraux, diamants se retrouvent à foison sur les montres dames. Frôlez-vous l’overdose ? Et que rêveriez-vous de voir à la place sur une montre pour femme ?

GF : L’esthétique est en effet souvent exaltée avec ce type de matières. Mais parallèlement, il y a de plus en plus de montres qui nous laissent rêveurs, qui nous racontent une histoire, qui nous parlent différemment’ Je pourrais vous citer plusieurs exemples de montres récentes susceptibles de séduire une femme sans avoir recours à un « maquillage » de pierres précieuses. Personnellement je suis convaincu qu’au-delà de l’esthétique une montre doit nous parler, véhiculer un message, rappeler des instants particuliers et qu’il n’est nul besoin d’inventer un nouveau matériau pour cela.

L : Avec qui allez-vous boire une coupe de champagne une fois la cérémonie terminée ?

GF : J’aime dire que « le monde de l’horlogerie est un tout petit monde ». Et cette année-ci sera probablement comme les précédentes. En fin de cérémonie, on se retrouve entre amis et collègues pour parler de tout et de rien (ce n’est pas vrai, on ne parle jamais d’autres choses que de montres…) sans s’apercevoir que le temps passe. La bonne question n’est pas avec qui sera-t-on mais plutôt où trouver du champagne pour discuter jusqu’au bout de la nuit’