Dans le paysage horloger féminin, l'arrivée de nouveaux modèles est toujours réjouissante. Mais au-delà du produit, c'est l'intention qui fait toute la différence. Trois maisons, trois marqueurs à des degrés divers, et la promesse d'une industrie qui va dans le bon sens.

C’est pourtant loin d’être gagné ! Ainsi, un extrait de l’étude Deloitte 2017 sur la situation de l’industrie horlogère en Suisse nous laisse perplexe: « Les cadrans bleus sont également toujours tendance tout comme les montres féminines avec de nouveaux modèles proposés par Richard Mille, Audemars Piguet et IWC. » Contacté, Jules Boudrand, Director/Financial Advisory et co-auteur de cette étude viendra prochainement nous éclairer sur cette formulation qui relègue le segment de la montre femme à un épi-phénomène, au même titre qu’une couleur de cadran. C’est ailleurs que nous avons trouvé motif à nous réjouir.

Une complicité tangible

Entre Omega et les femmes, un lien s’est tissé qui atteste d’une belle connivence. L’exposition itinérante Her Time qui avait débuté à Sidney et a fait escale dernièrement à Paris révèle d’une part l’ancrage originel de la marque pour la création de montres dames, d’autre part sa conviction que la thématique de montres exclusivement féminines est à même de drainer le public. Sous la houlette de l’inénarrable Alex de B., fondateur du Bureau Betak, la scénographie précieuse de l’expo a exercé son charme. La magie était au rendez-vous. A propos de rendez-vous, Omega en propose un de qualité sous la forme de Her Time, un magazine online bien fichu, pas trop vendeur, qui mixe habilement actus de la marque, portraits de femmes (Laila Fathi, ingénieure ayant participé à la réalisation du tour du monde de l’avion Solar Impulse ou encore Nicole Kidman interrogée par Garance Doré) et autres sujets variés comme ce « Cinq inventions historiques créées par des femmes », où l’on découvre que le premier parachute pliable libéré de son armature en bois fut mis au point par une très aventureuse Katharina Paulus. Passionnant !

Exposition Omega Her Time

Exposition Omega Her Time

Le too much bien ciblé

Connue pour ses pièces borderline parfaitement exécutées et éditées en toutes petites quantités, la Maison RJ-Romain Jerome vient de dévoiler sa première collection dédiée aux femmes. Ce sont jusqu’ici les grands gamins fous d’horlo geek et hipsterisante qui avaient ses faveurs. Pour cette incursion chez les filles, la marque a frappé fort avec une collaboration qui mise tout sur l’icône Hello Kitty (« On n’a jamais trop d’amis »), née à Londres en 1974. On est malgré tout dans du solide, un mouvement Swiss Made à remontage automatique, des cornes articulées pour un parfait confort au poignet, un cadran pixelisé à finition argent et une applique remplie à la main qui se superpose au décor. Plusieurs versions sont disponibles, applique laquée simple jusqu’à celle ultime sertie de diamants et de saphirs roses. A l’heure où les crocs s’invitent au défilé de mode, où le neo sac Ikea est érigé en must have, une certaine forme de mauvais goût secoue le cocotier de la sphère fashion. Comme d’hab’, pourrait commenter la femme de lettres et salonnière Natalie Clifford Barney qui écrivait déjà au 19ème siècle: « La mode, c’est la recherche d’un ridicule nouveau ». Il est sûr que nous ne bouderons pas notre plaisir avec cette création Hello Kitty, moins risquée que l’escarpin chaussette, mais qui permet d’afficher son refus des diktats et de s’inscrire dans une subculture où l’horlogerie brille par son absence. Plus maintenant.

Sanrio x RJ-Romain Jerome Hello Kitty

 

La foi retrouvée

Et puis il y a l’événement. La nouvelle montre Chanel que la Maison présente ainsi…

Au premier abord, un bracelet qui étincelle autour du poignet. C’est un bijou.
On reconnaît ensuite le fermoir du sac 2.55. Ce bijou est un code.
Puis, on distingue deux aiguilles. Ce code est une montre.
Le regard glisse enfin le long du bracelet matelassé. Cette montre est décodée.

Une montre d’initiée, nous dit-on. Comme si le fait de la désirer, puis de la porter, allait bien au-delà de la vulgaire possession. Comme si l’acte d’achat était en fait un pacte destiné à nous introniser dans le cercle très fermé de Chanel dont cette montre nous offre la clé: Code Coco. Combien de temps pour imaginer ce design qui ne s’apparente à aucune autre création féminine mais dont la filiation à l’essence même de la marque est reconnaissable, même les yeux fermés ? Il suffit d’effleurer de la main le bracelet matelassé. La pulpe des doigts remonte jusqu’au boîtier, puis découvre le cadran. En son centre, contact avec le fermoir, celui du sac 2.55 créé en février 1955 par Gabrielle Chanel. Point d’impact. Point d’orgue de cette montre qui se ferme en un clic volontaire et jouissif. Alors le bracelet en acier souple et léger peut évoluer le long du poignet, comme animé d’une vie propre. Sur le cadran laqué de noir, un diamant, un seul, accompagne discrètement le mouvement.

Devant la page blanche, certains se sentent inspirés. En horlogerie féminine, tout est en devenir. Un fermoir de sac peut être somptueusement détourné, un geste être inventé, addictif, de même une allure, une sensualité. Chanel vient de nous le prouver.

Chanel Code Coco

 

Chanel Code Coco

Chanel Code Coco