Sur le papier (ou en photos), la facture éminemment classique des montres Breguet n'est pas de nature à toutes nous séduire. Mais voir au plus près de leur intimité ces créations exigeantes, connaître l'intention derrière des mécanismes qui nous sont destinés, révèle une bien belle complicité.

Je l’avoue, j’ai abordé mon rendez-vous Baselwordien chez Breguet avec une certaine réserve. Dans cette Maison je le sais, le mythe est partout.

Mythique, Abraham-Louis Breguet, horloger suisse installé à Paris et fondateur de la Maison en 1775. Inventeur de génie à qui l’on doit  des avancées décisives pour l’horlogerie, mais aussi la marine et l’astronomie. Il crée en 1810 pour Caroline Murat la première montre-bracelet de l’histoire. Marie-Antoinette est elle conquise par ses mouvements à complication qu’il n’aura de cesse de perfectionner. Ses garde-temps sont spectaculaires et ses « concepts » (du moins leur équivalent dans le contexte de l’époque), le sont tout autant. Ainsi, ces montres à tact qui permettaient de lire l’heure discrètement, du bout des doigts, sans avoir besoin de sortir sa montre ni froisser de susceptibilités: « Je crois qu’il se fait tard. Il me faut rentrer dans mes appartements ! »

Montre à tact – Breguet

Mythique, de même, la collection Reine de Naples, citée par nombre de deputy fashion editors lorsqu’on les interroge sur la montre qu’elles portent ou aimeraient porter. Breguet, on l’aura compris, c’est le nec plus ultra… et, craignais-je, le risque de découvrir des objets horlogers un peu compassés.

Pourtant, la présentation démarre fort avec la Breguet Tradition Dame 7038, au calibre Maison doté d’un échappement à ancre avec cornes en silicium et spiral Breguet en silicium itou, dont le barillet est visible sur la face de la montre. Pour pousser le raffinement jusqu’au bout, il est décoré d’une rosace sur laquelle se juxtapose à 12 h un cadran en nacre guillochée d’un motif « Clous de Paris ». Rouages et ponts exposés attestent de la mécanique implacable de cette pièce pourtant très féminine.

Breguet Tradition Dame 7038

Puis j’ai pris en main – au sens propre du terme – la célèbre Reine de Naples dans sa nouvelle version au cadran en nacre de Tahiti d’une étonnante couleur (un marron glacé aux reflets dorés) dont mes yeux ne pouvaient plus se détacher. La calligraphie des chiffres Breguet agrandis façon XXL n’en est que plus pétillante. Le bleu des aiguilles, lui, interpelle un instant, pour finalement se fondre dans l’ensemble avec bonheur. La présence de cette pièce au poignet est exceptionnelle. La Reine de Naples existe aussi en version mini, mini pour la taille, mais non pour l’effet de la pièce, souveraine quelles que soient ses dimensions.

Breguet Reine de Naples 8918

Pour l’anecdote, je rencontrais il y a de cela plusieurs années, une personne de chez Breguet avec laquelle nous évoquions l’époustouflante aura dont jouissait la Maison. De Stendhal à Pouchkine, d’Alexandre Dumas à Victor Hugo, tous ont eu leur mot à dire sur le fondateur ou ses créations qui ont eu les faveurs de Napoléon Bonaparte, d’Alexandre 1er Tsar de Russie, ou encore, plus tard, de Rossini, de Winston Churchill et d’Arthur Rubinstein.

Pensant (bassement) flatter mon interlocutrice, je lui confie que j’ai lu un article dans lequel une jeune femme, socialite et influenceuse de premier rang dans le monde de la mode, de l’horlogerie et de la joaillerie, révélait que la montre de ses rêves était la Reine de Naples. Mon interlocutrice me répond avec un joli sourire qu’on vient de lui signaler une « célébrité » qui porte ce modèle. La célébrité en question est une animatrice de télévision française qui bat la campagne pour aider des agriculteurs célibataires à trouver l’âme sœur, (Francis, producteur de fromages en Lozère, Hélène, éleveuse d’ovins, Vincent, céréalier dans le Cher etc.) Elle aime manifestement les belles montres, qu’elle porte peut-être en fourreau ou avec des bottes en caoutchouc. Pour la Maison Breguet, cela ne fait aucune différence. Tout est dit.