Survolons en quelques mots et images parlantes un SIHH 2019 qui a fait son effet. A noter la dichotomie flagrante entre des mécaniques à haut degré d'expressivité et des visiteurs parfois campés sur leurs positions renfrognées.

Je reviendrai plus avant sur les montres, les marques, les stands qui ont créé l’événement et qui méritent bien plus qu’un survol. Mais à chaud, le SIHH n’est pas si loin et a fourni tant d’émotion qu’il emplit encore ma mémoire, distillons les impressions apparues alors même que j’assistais aux premières conférences de presse.

Morose l’atmosphère, sombre l’humeur de beaucoup de participants qui à mots couverts évoquent des situations difficiles, des emplois perdus, un avenir incertain, des fins de mois à boucler. Comme tout le monde. Où est la superbe de ceux qui dégainaient leur avis plus vite que leur ombre, fort de leur appartenance à un cercle d’experts médiatiques qui se réduit comme une peau de chagrin ? On serre les coudes, on resserre les rangs d’une coterie qui rétrécit à vue d’œil.

Exutoire à ce malaise palpable, la rumeur enfle: As-tu vu la Code 11:59 de AP (Audemars Piguet) ? Elle s’insinue dans chaque allée, chaque conversation. Variation sur le synonyme de « moche », la litanie enfle à l’intérieur du salon et se déchaîne sur les réseaux sociaux. La montre en question n’est encore pour moi qu’un objet non identifié sur lequel j’ai envie de me forger mon propre avis. En attendant, le logo associé au formidable lancement de Code 11:59 est aussi opaque pour moi que le Code Enigma.

Logo Code 11:59 – Audemars Piguet

Puis il suffit d’un stand et l’abattement des premières heures laisse place à l’euphorie. Chez Richard Mille, c’est comme si Jean-Paul Goude avait revisité Charlie et la Chocolaterie.

Chaque montre prend des allures de golden ticket, capable de donner une nouvelle saveur à la vie. Pour sa dernière participation au SIHH, Richard Mille a osé l’acte d’exubérance absolu. Chaque pièce est un objet de convoitise, dont la réalisation est un chef d’œuvre d’exécution. On exulte.

Avant de procéder dans les prochaines semaines à une revue de détail de cette édition 2019, voici quelques tendances glanées ci et là.

Climax

Ou la hot horlogerie, orgasmique de complexité. Sublime et qui vous fait décoller très, très haut.

Master Grande Tradition Gyrotourbillon Westminster Perpétuel – Jaeger-LeCoultre

Traditionnelle Twin Beat Quantième Perpétuel – Vacheron Constantin

 

Age de bronze

De par sa capacité à se patiner au poignet au rythme du porté et du porteur de la montre, le  bronze a le vent en poupe. Il s’immisce entre l’acier et l’or comme une alternative séduisante pour habiller les boîtiers. A l’occasion du Salon,  une montre présentée (fort sympathique au demeurant) a fait l’objet d’une question anodine de la part de l’audience: Le fond de la montre est-il également en bronze ? Après un moment de flottement et une vérification hâtive, il s’est avéré que c’était bien le cas. Le bronze, on le sait bien pour les bijoux, a le défaut de s’oxyder. Les manufactures modulent donc cet alliage là où il est le plus en contact avec l’épiderme pour éviter toute interaction désagréable. Il suffit d’y penser avant de surfer sur la vague de la tendance. Mais parfois, les bronzés font de l’horlogerie…

Expérience

Submersible Chrono édition Guillaume Néry – Panerai

 

Pour séduire l’Homo luxus, que Christian Blanckaert définit comme « un étrange mélange de rigueur et de passion, de connaissances et d’intuition, de rêveries et de pragmatisme », l’arme fatale est de lui proposer de vivre une expérience, le storytelling ne faisant plus autant recette. Or, il y a expérience et expérience. La version deal XXL façon Panerai: tu achètes une montre, tu pars plonger en apnée à Tahiti avec le champion du monde de la discipline ou tu suis Mike Horn dans le Grand Nord. Ou la version Laurent Ferrier, intimiste, où entre confidences et souvenirs d’enfance, effleurements, temps laissé au ressenti, l’âme d’une création s’offre à vous.

Ultra composants

Laureato Absolute Chronograph – Girard-Perregaux

Ils s’appellent Hard Gold et Ceratanium chez IWC, Carbotech chez Panerai, Titalyt chez Elégante by F.P. Journe, ou encore Carbon Glass chez Girard-Perregaux. Les lois de la physique ont pris le pas sur les matériaux qui habillent de nouveauté – et de mystère – des modèles connus. Avec ça on va pouvoir couler du béton, monter des murs de moellons, s’asperger de substances corrosives, bref se mettre les mains en lambeau mais garder des montres flambant neuves. Voilà qui est rassurant.

A boy’s best friends

Diamond Set Balancier Contemporain – Greubel Forsey

Avalanche de diams, montres serties en veux tu en voilà. Les yeux brillent à la vue de ces cailloux géants taille baguette ou brillant. Même chez les Maisons les plus pointues, les plus à cheval sur la tradition les pierres précieuses s’affichent sans complexe. Le constat est là, cela plaît aux hommes d’Asie et du Moyen-Orient. On ne va rien leur refuser. Cette tendance renforce qui plus est le constat que les codes esthétiques tranchés entre montres hommes et montres femmes relèvent de l’obsolète. Tout est possible et donc réjouissant.

Effets de manchette

Collection Possession – Piaget

Terminons cette petite revue de tendances par l’esprit bijou qui a habité (possédé !) deux Maisons qui ont toutes deux réussi leur SIHH 2019, Piaget et Cartier. La cohérence de l’offre était au rendez-vous, de même que la volonté de capitaliser sur des savoir-faire qui ne cessent de nous éblouir.

Manchettes Panthère – Cartier